Témoignage de Père Arnaud

« Si le Seigneur ne bâtit la maison »

 

Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c'est en vain que veillent les gardes. En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur : Dieu comble son bien-aimé quand il dort. (Psaume 126,1-2)

La dernière phrase de ce psaume a quelque chose de provocateur pour tous ceux pour qui le travail, ou au contraire le repos, manquent cruellement... Pourtant elle nous rappelle une vérité essentielle de notre vie : Dieu continue de créer ce monde que nous travaillons ou que nous nous reposions. Le repos nous est donc autant nécessaire que le travail, non seulement physiquement, mais aussi spirituellement ; pour éviter -peut-être- de nous croire tout-puissant dans notre orgueil. Dieu lui-même se reposa le 7° jour, nous dit la Genèse, de toute l’oeuvre qu’il avait faite. Dans la vie monastique il s’agit de “prier et travailler” (ora et labora), mais il ne faut pas oublier que le dernier tiers de la journée est consacré... au repos.

Depuis plusieurs années je prends quelques jours de repos, de vacances, de désert,... dans l’ermitage du Rocher. Un temps d’abord de désert : où je parle moins, je rencontre peu de gens, même si, ni l’isolement, ni le silence ne sont jamais complet. Ce temps est salutaire dans un ministère où je rencontre beaucoup et où je parle beaucoup, et sans doute toujours un peu trop. C’est donc un temps marqué par le “moins” : moins de paroles, un seul lieu, une seule pièce...etc. Ces “moins” laissent de la place pour des “plus” : plus de repos physique et psychique certainement ; mais aussi bien entendu plus de temps pour la prière, la lecture spirituelle, la relecture de vie...etc. Dans le silence, il remonte souvent beaucoup de visages de personnes rencontrées au court de l’année pastorale. La présence de Catherine et Sibylle et parfois d’autres personnes accueillies durant l’été permet de ne pas être complètement seul et de célébrer la messe et quelques offices en commun.

Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. (Marc 6, 31)

Le temps de l’été permet pour beaucoup -Dieu-merci- un temps de vacances et de repos ; il est certainement salutaire d’y laisser de la place pour la lenteur, la solitude volontaire, la simplicité... quitter la foule et prendre le temps de manger... mais surtout de louer Dieu pour la vie, de rendre grâce. L’ermitage du Rocher est un lieu qui permet cela.

 

P. Arnaud Laganier.